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La foi vs la croyance dans le Zen


La foi est l’un des trois piliers du Zen, et sans doute le plus important. En quoi est-ce si important ? Parce que sans la foi, il n’y aurait tout simplement pas de Bouddhisme, de Zen ni même de science. Je vais essayer d'expliquer cela en quelques mots.


Concernant la science, l’importance de la foi peut paraître étrange, car la science doute sans cesse. Les scientifiques doutent sans cesse parce qu’une théorie n’est valide que pour autant qu’elle résiste à l’expérience. Si les résultats expérimentaux sont en contradiction avec la théorie, celle-ci sera abandonnée car non valide. Il n'est cependant pas raisonnable de supposer que si une ou plusieurs expériences valident une théorie, il ne se trouvera pas une nouvelle expérience, non encore advenue, qui pourrait l'invalider, en sorte qu'en science une théorie n'est réputée valide que jusqu'à preuve du contraire. Mais pourquoi diable les scientifiques cherchent-ils toujours s’ils doutent au moins autant ? Eh bien précisément parce qu’ils ont foi en la science. Dans le Zen, nous doutons, parce que nous avons foi dans le Zen. Je ne dis pas que le Zen est de la science, ni même qu’il procède comme la science. Le fait est que le zeniste – qui est le pratiquant du Zen – demeure en principe un chercheur. C’est pourquoi il fait sien l’aphorisme : « le chemin est le but ».


La foi est donc rattachée au fait que pratique et éveil ne font qu’un. Cela ne signifie pas que l'important n'est pas de trouver ni de chercher, mais que l'important est de douter. Le doute est, avec la foi et la détermination, un pilier essentiel du Zen.


On comprend bien là que c’est très différent d'une croyance, qui porte sur l’existence d’un phénomène. On peut croire à (ou en) un phénomène ou ne pas y croire, ou peut-être ne pas être sûr à cent pour cent, dans un sens comme dans un autre, mais jamais une croyance ne vous poussera à chercher plus loin que l'opinion ou la confiance. Il convient en outre de préciser que croire à implique la conviction totale et ne pas croire à implique la conviction contraire. Les enfants croient au Père Noël avec conviction et les adultes n'y croient plus, avec la même conviction. Il n'y a là aucune matière à chercher plus loin. En revanche, croire en implique un abandon confiant. Ainsi, certains zenistes croient en leur nature de Bouddha, comme des chrétiens croient en Christ ou en Dieu ou des humanistes en l'humain.


Très souvent, dans la mentalité occidentale, la foi est associée à la croyance en. Dans le Zen sôtô (du moins une forme de celui-ci, telle qu'on la retrouve dans la branche de Kôdô Sawaki), il semble que la foi soit associée à une forme d'abandon confiant en sa nature de Bouddha. Ceci est explicite dans l'ouvrage Esprit Zen, esprit neuf, de Shunryu Suzuki, par exemple. Et de fait, pour les pratiquant de cette école du Zen, il n'y a pas de doute associé à la foi.


L'approche est en revanche très différente dans le Zen rinzai. Dans le Rinzai, la foi implique un engagement actif dans la recherche de la vérité, avec le doute associé, alors que l'opinion ou la croyance, quelle que soit la nature de cette dernière, n'implique pas un tel engagement, mais bien plutôt, comme dit plus haut, un abandon confiant. Il y a donc dans la foi – du moins telle qu'elle est comprise dans le Rinzai – quelque chose qui dépasse le cadre spirituel ou intellectuel en ce que s'y trouve toujours la volonté d'aller en quelque sorte plus loin que le chemin lui-même, ce qui implique un saut dans le vide. Ce saut est ce à quoi se réfère le fameux kôan de la tige de cent pieds auquel on parvient dans les états samadhiques. De fait, foi et volonté vont de pair, dans le Rinzai, tandis que la croyance est pour cette école assimilable à une opinion, sans conséquence sur le comportement ou la pratique, à moins qu'elle se confonde bien sûr avec la superstition, ce qui n'est cependant jamais le cas avec le Zen, quelle que soit l'époque ou l'école. Dans le Sôtô, l'important est zazen, car zazen est à la fois le chemin et le but, et sans doute au-delà, car il doit y avoir libération des concepts de chemin et de but.


La foi et la croyance dans le Zen ont donc deux acceptions différentes selon que l'on se réfère au Sôtô ou au Rinzai. Le Sôtô et le Rinzai sont tous deux des écoles issues de l'enseignement du Sixième Patriarche Huineng. Mais alors que le Sôtô privilégie la voie de l'abandon et de l'assise silencieuse, le Rinzai privilégie l'engagement de la volonté, laquelle est pour le coup associée à sa nature de Bouddha. En effet, la volonté est l'expression de la foi en sa nature de Bouddha comme véhicule et non comme phénomène.


Les deux approches – Sôtô et Rinzai – apparaissent différentes mais ne sont pas en opposition formelle. Car la volonté dans le Rinzai devra s'abandonner d'elle-même pour que le pratiquant avance et réalise sa vraie nature. Cet abandon ne sera donc pas la volonté du pratiquant, mais de la volonté elle-même. C'est quand le Bouddha rencontre le Bouddha, après s'être cherché. Dit autrement, et pour paraphraser un maître zen, sans doute rattaché à l'école rinzai, le Zen consiste à chercher le buffle sur lequel on est assis.




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