Le bouvier et le buffle

Dernière mise à jour : 13 sept.


Le Zen, disait un maître du passé : "c'est comme chercher le buffle sur lequel on est assis". Chercher ainsi, cela revient à fouiller un lac pour trouver la lune. Où vont les reflets quand le miroir est brisé ? Voilà l'égarement.


Les enseignements sont des empreintes sur le sentier. Elles sont semblables à des reflets : inversées et vides à l'intérieur. Il n'y a qu'à les suivre jusqu'au bout en mettant ses pas dans les traces.


Et vient le moment où les empreintes disparaissent ; il n'y a plus de reflet nulle part et la nuit est dense. Le bouvier, parvenu au bout de sa quête, se retourne et réalise qu'il marchait dans ses propres pas. Quand il pointe le doigt vers le ciel, il touche la terre.


L'animal n'a cependant pas encore reconnu son maître. Il divague depuis si longtemps qu'il ne s'en souvient pas. L'homme tente de le rassurer en l'appelant par son nom, mais ce nom, il l'a oublié aussi. Quelle différence y a-t-il entre l'errance et la liberté ?


Des pensées s'élèvent et s'effondrent semblables à des rides d'eau à la surface d'un lac. Le reflet de la lune est brisé, cependant la lune n'en est pas affectée. Quelle liberté y a-t-il dans le désir de fuir ?


Le buffle abandonne la lutte et rentre à la maison, le bouvier sur l'échine. Le son de la flûte chante dans l'air tiède. Entre un homme qui se trouve en route sans quitter sa maison et celui qui quitte sa maison sans se mettre en route, il n'y a pas l'ombre d'une distance.


Il n'y a jamais eu de buffle, pas plus que de lune dans le lac. Celle qui luit dans le ciel, le bouvier l'a avalée d'une seule gorgée. Sa lumière est désormais à l'intérieur et il n'y a plus d'extérieur. Où la liberté trouverait-elle des limites ?


Sans limite, les formes retournent au vide. Là n'existent ni buffle ni bouvier, ni maisons ni routes, ni absence ni présence, ni être ni non être.


Et où le vide retourne-t-il sinon à sa propre source ? Car là où il n'y a rien, il y a tout.


Alors, le bouvier redevient le bouvier et le buffle redevient le buffle. Les routes redeviennent des routes et les maisons redeviennent des maisons. Libre de tout, l'homme va par les chemins, tel un vagabond. Il n'a ni demeure ni possession ; que pourrait-il encore perdre ?



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