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Le doute dans le Zen

Dernière mise à jour : 14 janv.


Le doute – 怀疑 (Huáiyí) – dans le Zen est le moteur de la résolution d'un kôan. La détermination en est le carburant et la foi, le véhicule. Doute, détermination et foi sont les trois piliers du Zen.


Le meilleur moyen d'être concentré dans la pratique de zazen, en vue de résoudre le sens de la vie et de la mort, consiste à mobiliser le mental et le corps pour percer le voile qui nous masque la véritable nature de l'esprit et des phénomènes. Pour ce faire, il est nécessaire de se mettre dans l'état de celui qui, perdu dans un carrefour ouvert sur plusieurs directions possibles dont une seule est la bonne, n'a pas d'autre choix que d'avancer. C'est pour lui une question de vie ou de mort et il ne peut compter que sur lui-même.


Dans le Zen, il existe de nombreux kôans adaptés à de nombreuses situations, mais tous aboutissent à la même solution qui est le Dharmakâya. Et de fait, c'est comme si, quelle que soit la direction empruntée à partir d'un carrefour, cette direction vous mène tout droit à la libération. Cependant, à cause des voiles qui recouvrent l'œil de l'esprit, vous ne pouvez pas comprendre comment des lignes droites qui divergent à partir d'un centre peuvent se rejoindre. C'est comme si vous raisonniez à partir du plan. Sur un plan, les lignes droites issues d'un point ne peuvent se rejoindre. Cependant, si le plan s'avère être une sphère, alors les lignes droites convergent au point diamétralement opposé au point de départ.


Mais en réalité vous ne savez pas si le trajet en ligne droite s'effectue sur un plan ou sur une sphère. Vous ne savez pas davantage si le trajet ne bifurque pas au bout d'un certain temps ou s'il n'est pas une impasse. Et de fait, vous doutez. Vous avez peur de vous perdre. Ce qui est sûr, c'est que vous ne pouvez pas rester là où vous êtes, parce que ce lieu, ce carrefour, est une maison en feu. Et donc, vous devez avoir confiance en vous et vous lancer sur une voie, n'importe laquelle, quitte à vous perdre, car, de toutes les manières, quand vous observez votre situation actuelle de n'importe quel côté, vous êtes déjà perdu.


Pratiquement, il n'existe aucune voie qui ne nécessite pas un certain effort de volonté pour avancer. C'est donc la volonté qui vous sert d'énergie pour le doute moteur. Vous n'avez pas besoin d'autre chose. Que votre kôan soit le Mu de Joshu, ou le son d'une seule main, ou le visage d'avant la naissance, ou plus globalement celui du sens de la vie et de la mort, il existe un huàtóu (話頭), c'est-à-dire un "mot directeur", qui est commun à tous les kôans. C'est le qui ou le quoi ou encore le pourquoi, le comment ou le . Ce qui signifie que le doute repose sur tous ces questionnements à la fois, ce qui revient à prendre toutes les voies en une seule. Agissant de la sorte, mû par la simple volonté, votre mental ne connaît aucun trouble. C'est comme si vous interrogiez le réel sans connaître la question, ni sur quoi elle porte. Mais vous interrogez encore et encore. La réponse ne peut pas être une construction du mental, mais une démolition de ses propres balises, cadres ou représentations. L'épée de Manjushri, dit-on, coupe le multiple – ou le deux – en un. C'est Joshu qui pose ses sandales sur la tête et qui sauve le chat pourfendu par Nansen. Qu'importe la question et qu'importe la réponse. Tout est dans la lame effilée du doute, la force de la détermination et dans la foi sans faille en sa nature de Bouddha.


Douter est donc l'équivalent de trancher ou d'enfoncer une lame aiguisée en vue de pourfendre le voile des illusions. Il n'est pas nécessaire d'avoir un kôan particulier ou un questionnement spécial pour cela ; la pratique requiert la seule force de la volonté. Cette volonté consistera à maintenir fermement le doute qui prendra l'allure d'une question regroupant toutes les questions, soit d'un huàtóu, en sorte que le mental, saturé, ne pourra en définir aucune. Le doute est donc non-pensée.






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