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Le monde tel qu'il est


L'expérience zen de la vacuité, c'est voir le monde tel qu'il est. Mais que signifie "voir le monde tel qu'il est" ? Cela signifie voir le monde avant sa représentation dans le mental et sa conceptualisation.


Le monde tel qu'il est n'a ni couleurs ni saveurs. De la même façon qu'il n'émet ni son ni lumière. Et pourtant il est vu, entendu et reconnu tel qu'il est selon le mode de Prajna. Prajna est le mode de la vision, de l'audition et de la reconnaissance de sa vraie nature, quand celle-ci se manifeste dans sa nudité totale, sans apparats. Prajna est ce qui illumine la conscience ordinaire de la reconnaissance de sa propre vacuité.


La reconnaissance de la vacuité de la conscience (ou de l'absence d'esprit = anâtman) entraine la réalisation que le monde tel qu'il est et soi-même ne sont qu'un. De reflets changeants dans la conscience, les phénomènes se manifestent alors dans une densité et compacité extrêmes. Cela revient à assécher un lac d'un seul coup.


Supposons une personne dépourvue de discernement qui observerait la lune et son reflet dans les eaux calmes d'un lac. Cette personne dirait – parce que cela serait conforme à ses sens – qu'il y a deux lunes : une dans le ciel, et l'autre dans le lac. Elle constaterait aussi que la lune dans l'eau a des formes changeantes, selon l'état de la surface.


Si l'eau du lac venait tout à coup à disparaître, le reflet de la lune dans l'eau disparaîtrait par la même occasion. De deux lunes distinctes, il n'en resterait plus qu'une dans le ciel. Quand nous voyons dans notre vraie nature, c'est-à-dire le monde tel qu'il est, les reflets des phénomènes disparaissent de la conscience de la même façon que le reflet de la lune a disparu avec le lac. Mais si les reflets ont disparu, le monde n'a pas disparu pour autant. Il est vu et reconnu tel qu'il est, c'est-à-dire selon sa nature propre.


Si l'on comprend bien cela, on comprend pourquoi boire d'une seule gorgée toute l'eau de l'océan Pacifique revient à ramener, sans se mouiller, le trésor qui y était noyé. Mais pour cela, bien entendu, il faut vider l'océan de ses limites ontologiques.


Comment vider l'océan de ses limites ontologiques ? La manière la plus simple d'y parvenir est d'interroger le sens du Mu – 無 – de Joshu en retournant le mental de fond en comble. Pour cela on peut s'aider de la respiration comme pendant la pratique du sussokan, Qui retourne le mental de fond en comble ? 無 ! Si l'idéogramme 無 paraît rébarbatif, il convient de considérer sans relâche la question de la limite ontologique qui sépare le sujet de l'objet. Qui créée cette limite, et comment ? En répondant à cela, on parvient à assécher le lac (et non à le vider de ses reflets).



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