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Pratique de la Compassion

Dernière mise à jour : 27 mars


La compassion, du point de vue du Zen ou du Bouddhisme, n'a pas le même sens qu'en psychologie ou en neuroscience. Il ne s'agit pas d'un sentiment altruiste ou empathique. Il ne s'agit d'ailleurs pas d'un sentiment, au sens strict, mais d'une sagesse. Cette sagesse se développe ou se manifeste à partir de l'expérience de la vacuité. Je vais tenter d'expliquer cela.


Il n'y a de place nulle part pour la vacuité ; c'est pourquoi elle est partout. Pour comprendre cela, il faut réaliser la vacuité vide d'elle-même. Etant vide d'elle-même, elle ne réside nulle part et rien ne peut y entrer ou en sortir.


On se représente souvent la vacuité comme un espace creux, vide de tout sauf de lui-même. Cet espace peut être fini, à l'instar d'un bol par exemple, ou infini.


La réalisation de la vacuité espace – vide de tout sauf d'elle-même (autrement appelée vacuité d'altérité) – consiste à vider la conscience de pensées, de sensations, de perceptions et de volition, pour aboutir à une sorte de blackout. Dans un tel espace, aucune dimension sapientiale ne peut s'élever, puisque la conscience est vide de compréhension, de pensées et de paroles. Or, l'absence de dimension sapientiale implique l'absence d'immersion de Prajna dans la conscience. Sans immersion de Prajna, aucune sagesse ne peut s'y manifester ou se développer. La compassion étant une sagesse, elle ne peut donc se développer dans la réalisation de la vacuité d'altérité.


La réalisation de la vacuité vide de ce qui n'est pas elle-même – qui est la vacuité d'altérité – est de type samadhique. Il n'y a pas de retournement de l'esprit sur lui-même pour qu'il y ait reconnaissance de sa vraie nature. Ce n'est donc pas, au sens strict, un éveil, du point de vue du Zen ou du Bouddhisme. Ce n'est pas la réalisation du Dharmakâya, car si le Dharmakâya est bien vide, il est aussi lumineux en ce sens qu'il est éclairant, ce qui signifie que Prajna est une caractéristique fondamentale du Dharmakâya. Ce n'est donc ni kenshô ni satori.


En revanche, la réalisation de la vacuité vide d'elle-même n'implique pas la disparition des pensées, des sensations, des perceptions ou de la volition. Et de fait, la réalisation de la vacuité vide d'elle-même n'implique pas la disparition de la conscience, puisqu'il ne saurait y avoir pensées, sensations, perceptions ou volition sans conscience. En revanche, elle implique la disparition de la dualité sujet/objet.


Comment la disparition de la dualité sujet/objet vient-elle à la conscience par la réalisation de la vacuité vide d'elle-même ? Ordinairement, quand nous observons le monde, nous distinguons les formes du vide. Et dans cette distinction, nous-nous définissons nous-même, doté d'une forme et d'un nom, de la même façon que nous définissons le reste de l'univers. Le nom est généralement associé à la forme. Deux formes distinctes, dotées de noms distincts, sont donc séparées par un vide, lequel est sans forme et sans nom (sinon le nom de vide). En réalisant la vacuité vide d'elle-même, nous vidons le vide – qui sépare les formes – de lui-même, en sorte qu'il n'y a plus de séparation entre les formes. Mais attention : cela ne signifie pas que toutes les formes s'agglomèrent dans une sorte de magma indifférencié et compact. Cela signifie que les formes n'ont plus de limites ontologiques.


Les formes n'ayant plus de limites ontologiques, elles se révèlent vides de leur nom propre et donc vides d'elles-mêmes. Ce qui fait que le vide est la forme et que la forme est le vide. Voilà pourquoi il n'y a de place nulle part pour la vacuité et de fait elle est partout. Et il en va ainsi de toutes les formes et de tous leurs noms, en sorte que dans la réalisation de la vacuité vide d'elle-même, chaque chose et soi-même ne font qu'un. Et pour paraphraser Mumon Yamada Roshi : "Il n'y a pas d'amour plus grand que cela." Telle est la pratique de la compassion des éveillés dans le Zen et le Bouddhisme en général.






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