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Qu'est-ce que la Voie ?

Dernière mise à jour : 8 janv.


"L'esprit ordinaire est la Voie !" Telle fut la réponse de Nansen à Joshu. Cette réponse a l'air d'une simplicité confondante, pour autant, qui sait ce qu'est vraiment l'esprit ordinaire ? Existe-t-il une chose qu'on puisse appeler "l'esprit ordinaire" ou même "l'esprit" sans qualificatif ? L'idée la plus répandue est que l'esprit et la conscience sont équivalents. Mais est-ce vraiment le cas ?


Dit autrement : peut-on avoir conscience de l'absence d'esprit ? Sans hésiter et par expérience, je réponds par l'affirmative. De fait, par expérience et de mon point de vue, l'esprit et la conscience ne sont pas une seule et même chose.


Mais alors, qu'est-ce qui distingue l'esprit de la conscience, au moins par leur définition respective ? Dans de nombreuses traditions religieuses (éternalistes), l'esprit est un principe de vie indépendant de la matière et donc du corps physique. Dans l'Hindouisme, il s'agit de l'âtman, lequel – selon cette tradition – ne disparaît pas avec la mort physique (ce qui explique les "réincarnations"). Cependant, selon le Bouddhisme, il n'y a rigoureusement pas d'esprit puisque tout le Bouddhisme repose sur la notion d'anâtman. Quant à la conscience, le Bouddhisme en dénombre six domaines, a minima, rattachés aux sens et au mental. Elle est considérée comme un agrégat, facteur constitutif de l'ego, impermanent et vide de nature propre. Le Cittamatra reconnaît deux consciences supplémentaires, manas et alaya. Mais comment définir la conscience ? Selon mon analyse, je considère la conscience simplement comme le mode par lequel nous réalisons le monde tel qu'il est en propre ainsi qu'à travers les différents prismes liés à notre naissance. De fait, selon que la conscience est éclairée par l'ignorance (au sens bouddhique) ou par la sapience (Prajna), la relation au monde est celle d'un individu ordinaire, pris aux pièges des passions, ou celle d'un Bouddha, libéré des passions.


L'expérience zen de la vue dans sa vraie nature – kenshô (見性) – met en évidence l'absence d'esprit (anâtman). Cette évidence s'exprime au cœur de l'expérience sous la forme d'une compréhension, d'une pensée et d'une parole dites "justes" car elles sont conformes à la vérité vécue par le Bouddha au moment de son éveil. C'est pourquoi l'expérience zen est dite sapientiale, car c'est par le mode de Prajna que s'élève dans la conscience la reconnaissance de sa vraie nature. Cette reconnaissance s'appuie cependant sur un mode visionnaire où les phénomènes physiques et mentaux se manifestent dans leurs formes pures, c'est-à-dire dépourvues d'apparats constitutifs d'ego, de noms ou de forme ou plus largement de représentations conceptuelles.


Dans ce contexte, quand Nansen affirme que la Voie est l'esprit ordinaire, il affirme que la réalisation de sa vraie nature est celle qui consiste à vider les phénomènes de leurs impuretés formelles. L'ordinaire de l'esprit est donc à prendre ici au sens de l'état naturel des phénomènes, avant leurs constitutions dans le mental comme objets surnuméraires et donc avant leur naissance dans le mental, ce qui suppose précisément l'absence de perturbations mentales pendant kenshô. Par exemple, la lumière peut se décomposer en couleurs à travers un prisme, mais les couleurs ne sont pas la nature propre de la lumière en ce sens qu'elles dépendent (ou n'existent pas en dehors de l'intervention) du prisme, alors que la nature propre de la lumière est sans dépendance (de l'intervention du prisme) et se trouve donc être libre par essence et donc susceptible de s'adapter aux circonstances (influences prismiques).


Nansen, en affirmant que la Voie est l'esprit ordinaire, dit simplement que toutes choses sont libres par essence et que cette liberté fondamentale des phénomènes s'exprime dans la conscience ordinaire selon le mode de la sapience (Prajna). Dit autrement, les choses sont vues pour ce qu'elles sont, en elles-mêmes mais aussi telles qu'elles apparaissent dans leurs apparats. Car pour qui a vue dans sa véritable nature, les phénomènes sont à la fois vides (de leurs apparats) et cette vacuité est leurs formes (apparats) pures. Puiser de l'eau, allumer un feu, dormir, rêver, regarder une série sur Netflix ou prendre un avion, par exemple, voilà ce qu'est la Voie.




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